By Yves Sportis & Michel Laplace, Jazz Hot

T.K. Blue
The Rhythms Continue

Kasbah, The Wise One Speaks, Going to the East, Night in Medina, Kucheza Blues, Insomnia, The Last Day, At the Crossroads of Touba, A Gathering of Elders, Where, Hi Fly, Ifrane, Reverence for Those Who Came Before, Just Waiting: A Sister’s Lament, Faith For Those Who Come After, Dinner Chez Gladys, Uncle Nemo, A Solo Journey to Paradise, World 3:The Last Goodbye
T.K. Blue (comp, as, ss, fl, perc), Alex Blake (b,eb, 1,3,5,11,16), Vince Ector (dm, 1,3,5,11,16), Chief Baba Neil Clarke (perc, 2,3,5,8,9,11,13,15,16), Billy Harper (ts, 5,11), Min Xiao Fen (chinese pipa, 19), Sharp Radway (p,1,3,5,16,19), Mike King (p, 11), Keith Brown (p, 11), Kelly Green (p, 6,14)

Enregistré le 24 février 2019, Union City, NJ
Durée: 1h 00’ 06”
JAJA Records 005 (tkblue@comcast.net)

The Rhythms continue restera sans doute comme le plus émouvant hommage musical au grand Randy Weston disparu le 1erseptembre 2018, parce qu’il y a dans cette réunion de la famille spirituelle de «Baba Randy», du 24 février 2019 enregistrée en studio autour de son enfant le plus emblématique T.K. Blue (aka Talib Kibwe), une véritable cérémonie en mémoire mêlant ce que le jazz a de plus essentiel: une relecture inventive du patrimoine même le plus lointain utilisant les codes du jazz (blues, swing, expression hot), avec les couleurs, les inspirations que Randy Weston a magnifié dans sa musique, du continent américain mais aussi des grands espaces africains rêvés et interprétés par son imagination et son humanisme. Alex Blake, Vince Ector, Chief Baba Neil Clarke, Billy Harper, sont les autres compagnons, disciples, frères, enfants de Randy Weston, de cette galaxie si particulière d’un jazz pourtant si new-yorkais car originaire de Brooklyn. La dernière pièce de Talib Kibwe, «World 3: The Last Goodbye», étend les couleurs jusqu’à la Chine avec la présence de Min Xiao Fen. L’album comprend dix-neuf pièces, parfois très courtes, qui, mises en perspective, restituent toute la beauté et la complexité de l’univers du pianiste, porté ici par un T.K. Blue qu’on a rarement entendu aussi inspiré, puissant, «sonore», profond («Kasbah», «The Last Day», «Night in Medina»), comme si, en disparaissant, Randy Weston avait libéré chez son héritier une force supplémentaire, après l’avoir accompagné depuis 40 ans dans l’élaboration d’une voix déjà passionnante de leader. La musique possède ici une énergie, une profondeur, une intensité, une sombre beauté parfois («Insomnia»), qui font penser que Randy Weston est toujours présent, au-delà de sa disparition, parce qu’il habite véritablement les musiciens qui ont participé à cet enregistrement, particulièrement son fils en musique, T.K. Blue.
Le répertoire est constitué de onze originaux de T.K. Blue, de sept thèmes de Randy Weston, de deux thèmes de Melba Liston, l’arrangeuse de prédilection de Randy Weston (et pas seulement). C’est une longue suite de couleurs, d’atmosphères, un grand voyage dans le monde de celui à qui est dédié ce disque, mais plus largement de cette fratrie autour de T.K. Blue qui demeure pour perpétuer le message musical, esthétique et philosophique de Randy Weston.
Alex Blake est, comme il l’était avec Randy, indissociable de cet univers, virtuose et expressif, un son mat à la Mingus et un fredonnement à la Slam Stewart. Les percussions très nombreuses, d’inspiration africaine ou caribéenne, jouent un rôle essentiel dans la couleur musicale d’un ensemble qui ne quitte jamais les rails du jazz («Kucheza Blues»), le «parfumant» des couleurs du monde. Tous les musiciens sont en phase, sincères, engagés pour faire de ce disque un hommage in the spirit («Hi Fly»). Les parties en soliste, en duos alternent avec des pièces en quartet, quintet, sextet, octet pendant une heure qui passe comme un bel éclair de musique de jazz.

Louis Armstrong
Live in Europe

Muskrat Ramble, Rockin’ Chair, Rose Room, Royal Garden Blues , Panama, Sunny Side of the Street, Mahogany Hall Stomp, Black and Blue, Them There Eyes, My Bucket Got a Hole in It, Way Down Yonder in New Orleans, Coquette, Love Come Back to Me*, Can Anyone Explain*, Tin Roof Blues, A Kiss to Build a Dream On
Louis Armstrong (tp, voc), Jack Teagarden (tb, voc), Trummy Young (tb), Barney Bigard (cl), Bob McCracken (cl, voc), Earl Hines, Marty Napoleon (p), Arvell Shaw (b), Sid Catlett, Cozy Cole (dm), Velma Middleton (voc*)
Enregistré les 22 & 23 février 1948, Nice et le 12 octobre 1952, Berlin
Durée: 1h10’25”
Dot Time Records 8015 (www.dottimerecords.com)
Sortie annoncée pour le 27 septembre 2019, JazzTimes publie: «Difficile à croire, mais près de 50 ans après sa mort nous écoutons encore de nouveaux enregistrements de Louis Armstrong.Live in Europe, la 4e publication de la série pionniers du jazz de la Dot Time Records Legacy Series, comprend des sets venant du 1er Festival International de Jazz de Nice en 1948 et d’une prestation de 1952 à Berlin. Ces enregistrements, jamais publiés avant, ont été trouvés dans les archives du Louis Armstrong House Museum». Plusieurs remarques: pour les jeunes générations, le nom Armstrong évoque un astronaute ou peut-être un cycliste. Si dans le milieu des cuivres, les noms de Maurice André et Louis Armstrong représentent le sommet au XXe siècle, ce qui est déjà bien, les écoute-t-on encore vraiment? Dans ce qui reste du monde du jazz, Louis a certes inscrit durablement son nom et une influence indirecte depuis que Wynton Marsalis a cherché à intégrer des éléments à son propre style. Mais, beaucoup, débutant la préhistoire du jazz à Charlie Parker, ne l’écoute pas ou très peu. C’est comme le portrait d’un ancêtre sur la cheminée, si familier qu’on y prête plus attention. Ce disque leur sera utile pour exhiber la présence du maître dans une discothèque de «spécialiste» qui s’égare bien sûr hors des fondamentaux. Car l’utilité pour les rares connaisseurs résiduels est discutable. Il est surprenant que le Louis Armstrong House Museum ignore la publication de ce matériel. La prestation à Nice du grand Louis Armstrong admirablement entouré de Teagarden, Bigard, Hines, Shaw et Catlett (!) a fait l’objet d’une édition soigneuse, plus complète et dans l’ordre, joué à l’Opéra de Nice les 22 et 23 février 1948: c’est dans l’intégrale, volume 14 titré Constellation 48 chez Frémeaux & Associés (FA 1364), et nous en avons donné une chronique détaillée dans le Jazz Hot n°676. Il faut dire que les Etats-Unis ignorent souvent le travail fourni hors de leur territoire. Ne revenons pas sur le caractère historique de l’évènement, premier du genre, où le directeur musical, Hugues Panassié se devait de proposer celui par qui tout a pris une dimension hors norme dans ce qu’on appelle jazz: Louis Armstrong. A 47 ans seulement, Louis Armstrong est en pleine forme comme le démontre cette version de «Black and Blue» (Jazz Society AA613 & AFG10, matrice Part.8051): L’expressivité vocale à son comble, un timing qu’il a inventé et une plénitude et puissance de trompette restées sans égal avec un tel panache. Le chant de Louis Armstrong dans «Them There Eyes» est une leçon de swing qui serait aujourd’hui profitable à tout le monde. Jack Teagarden n’est pas l’horreur que Panassié a dénoncée à ses fidèles; c’est un virtuose du trombone doté d’une personnalité artistique qui fera «école». Il y a les «spécialités» du All-Stars, rebaptisé «Hot Five» pour la circonstance, comme «Rose Room» par le merveilleux Barney Bigard, une référence pour la sonorité de clarinette (Sid Catlett y déploie aussi son grand talent).
En 1952, le personnel est un peu différent: Trummy Young et Cozy Cole, rien moins, succèdent à Teagarden et Catlett. Le Texan Bob McCracken (1904-1972) n’est pas Bigard mais assume correctement. Il jouera dès 1953 pour Kid Ory. Ici, il partage avec Louis la partie chantée de «My Bucket Got a Hole in It», un blues low-down pris sur un tempo parfait pour le swing. Bien entendu, Louis Armstrong et ses musiciens reprennent à peu de choses près les mêmes interprétations d’une soirée à l’autre. Il n’y a que la France pour croire qu’en jazz il faille toujours improviser. Quand ça s’impose, ils savent faire; sinon, la qualité et le respect du public (qui va au-delà des jazzophiles) poussent à la chose bien rodée. Ce qui compte outre le swing, ici toujours présent, c’est le traitement du son comme le démontre Trummy Young dans ses solos sur «Way Down Yonder in New Orleans» et «Tin Roof Blues» ou dès l’exposé musclé de «Coquette» (et non «Croquette»!). Bien entendu, Louis Armstrong est impérial et chacune de ses notes est indispensable quel que soit le package.

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